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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 13:13

     Combien de fois ai-je entendu cette interpellation au sujet de populations originaires  ou supposées originaires d'un continent du sud, et non seulement de la part de gens votant Front national; je ne citerai pas les établissements locaux mais il vrai que quelques uns sont largement emplis, notamment l'après-midi, par des personnes vêtues souvent comme dans leur pays originel, qui jouent  de l'argent aux cartes en guettant l'arrivée des chevaux sur l'écran du PMU.

     C'est difficile de répondre à une telle affirmation péremptoire, d'autant que beaucoup de franco-français sont aussi "accros" aux jeux.

     Mais ces jours-ci la lecture de Roger CAILLOIS, "Les jeux et les hommes, le masque et le vertige", Gallimard 1967, m'a donné un éclairage sensationnel sociologiquement parlant, au chapître "Importance des jeux de hasard";  bien que je l'aie tronçonné, le texte est encore long, veuillez m'en excuser:

 

     "Même dans une civilisation de type industriel, fondée sur la valeur du travail, le goût des jeux de hasard demeure extrêmement puissant, car ceux-ci proposent le moyen exactement inverse de gagner de l'argent, ou, selon la formule de Th. Ribot, "la fascination d'acquérir d'un bloc, sans peine, en un instant". D'où la séduction permanente des loteries, des casinos, des paris mutuels sur les courses de chevaux ou sur les matchs de football. A la patience et à l'effort qui rapportent peu, mais sûrement, cette séduction substitue le mirage d'une fortune instantanée, la possibilité soudaine du loisir, de la richesse et du luxe. Pour la multitude qui travaille péniblement sans beaucoup accroître un bien-être des plus relatifs, la chance du gros lot apparaît comme l'unique façon de sortir jamais d'une condition humiliée ou misérable. Le jeu bafoue le travail et représente une sollicitation concurrente qui, dans certains cas au moins, prend assez d'importance pour déterminer en partie le style de vie de toute une société (...).

      (...) Pourtant le fatalisme, le déterminisme strict, dans la mesure où ils nient le libre arbitre et la responsabilité, se représentent l'univers entier comme une gigantesque loterie généralisée, obligatoire et incessante, où chaque lot -inévitable- n'apporte que la possibilité, je veux dire la nécessité, de participer au tirage suivant et ainsi de suite à l'infini. En outre, chez des populations relativement oisives, dont le travail est loin d'absorber l'énergie disponible et où il ne règle pas l'ensemble de l'existence quotidienne, il est fréquent que les jeux de hasard acquièrent une importance culturelle inattendue qui influence également l'art, l'éthique, l'économie et jusqu'au savoir.

         Je me demande même si un tel phénomène n'est pas caractéristique des sociétés intermédiaires qui ne sont plus gouvernées par les forces conjuguées du masque et de la possession, ou, si l'on préfère, de la pantomine et de l'extase, et qui n'ont pas encore accédé à une vie collective fondée sur des institutions où la concurrence réglée et la compétition organisée jouent un rôle essentiel. Il arrive en particulier que des populations se trouvent soudain arrachées à l'empire du simulacre et de la transe par le contact ou par la domination de peuples qui, depuis longtemps, grâce à une lente et difficile évolution, se sont dégagés de l'hypothèque infernale. Les populations qu'ils plient à leurs lois inédites ne sont nullement préparées à les adopter. Le saut est trop brusque. Dans ce cas ce n'est pas l'âgon, mais l'alea, qui impose son style à la société qui mue. S'en remettre à la décision du sort plaît à l'indolence et à l'impatience de ces êtres, dont les valeurs fondamentales n'ont plus droit de cité. Mieux, par l'intermédiaire de la superstition et des magies qui assurent la chance et la faveur des Puissances, cette norme indiscutable et simple les rattache à leurs traditions et les restitue en partie à leur monde originel.

          Aussi les jeux de hasard acquièrent-ils soudain, dans ces conditions, une importance inattendue. Ils ont tendance à remplacer le travail, pour peu que le climat s'y prête et que le souci de se nourrir, de se vêtir, de s'abriter n'oblige pas comme ailleurs le plus démuni à une activité régulière. Une multitude flottante n'a pas de besoins trop exigeants. Elle vit au jour le jour. Elle est prise en tutelle par une administration où elle n'a pas de part. Au lieu de se plier à la discipline d'un labeur monotone et rebutant, elle s'adonne au jeu. Celui-ci finit par ordonner les croyances et le savoir, les habitudes et les ambitions de ces gens nonchalants et passionnés, qui n'ont plus la charge de se gouverner et à qui il demeure néanmoins extrêmement difficile de s'agréger à cette société d'un autre type, en marge de laquelle on les laisse végéter comme d'éternels enfants".

 

          J'ai trouvé ces lignes passionnantes,  éclairantes à plus d'un titre, et le questionnement du "Ils passent leurs journées à jouer au café" devient  un peu plus aisé à prendre en compte.

           On oublie CAILLOIS, c'est un tort.

     

      

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Published by Gilles MICHAUD - dans Billets d'humeur
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